Tour du monde de l'Ultimate, étape 5 : la Russie

September 30, 2015

Le réglement européen n'interdit pas de jouer dans plusieurs championnats. Ainsi, même si ce n'est pas une pratique très courante, il arrive parfoit qu'un Français aille jouer pour une autre équipe dans un championnat étranger. C'est le cas cette année nottament de Pierre Lemerle, licencié Iznogood qui s'est laissé invité dans le championnat Russe et nous livre son témoignage.
 

Les « Nationals » en Russie.

 

Grâce à Andrey Ageev capitaine de Lucky Grass, avec qui j’ai joué à Talampaya (Black Bonzai), puis Alexander Shebunyaev, président de la fédération russe d’ultimate, j’ai eu la chance de pouvoir disputer le championnat russe avec cette équipe de Moscou (championne en 2013).

 

Le championnat est très différent de notre championnat français, et beaucoup plus proche du format américain. Ce qui, sans rentrer dans le débat, est particulièrement adapté à un pays de la taille de la Russie. En effet le pays est découpé en plusieurs zones, faisant office de régions. Ainsi, plusieurs tournois ouverts sont organisés dans chaque région durant les mois de juin, juillet et août, permettant d’établir un classement des clubs dans chaque région (fonctionnement proche de celui du UK tour en Angleterre, ou de l’ancienne formule du championnat français).

Les meilleurs clubs de chaque région sont ensuite qualifiés pour les "nationals", qui rassemblent donc chaque saison : 12 clubs open, 8 women, et 8 mixte, sur 3 jours de matchs en septembre à Maroussia (à 30 km au sud de Moscou). Le complexe (équivalent du Clairefontaine Russe, dans son utilisation) est grand, et les terrains excellents ! En outre, chaque jour nous avons le luxe de jouer sur de nouveaux terrains ! En revanche, les installations (douches, chambres ou cantines) datent d’hier… (Sûrement même d’avant-hier…)

Lors des "nationals", chaque club est autorisé par le règlement à ajouter 3 guests (non licenciés russes) à son roster habituel. Ainsi, Lucky Grass a pu inviter Joel Hogberg (VIF) en 2013, Nasser Mbae Vogel (CUSB) en 2014, et donc cette année Jan Tenger (FAB) et moi-même. Je n’ai pas le détail exact mais on m’a dit qu’il y avait aussi 2 autres étrangers (allemand et anglais, il me semble) avec 2 équipes de saint Pétersbourg.

 

J’ai reçu l’ensemble du play-book (une dizaine de play d’offense, et 5 types de défense) quelques semaines avant. Puis, Jan et moi avons passé la semaine précédant le championnat sur place, ce qui nous a permis de faire connaissance et de nous entraîner avec l’équipe, dernier point commun, nous jouons tous les deux sur la ligne d’offense. Pour ces "nationals", Lucky Grass est tête de série numéro 5 (ranking qui fait suite aux regionals), notre roster compte 27 joueurs, dont plusieurs blessés et une équipe rajeunie.

Le vendredi nous gagnons nos 2 matchs de poule, 15-08 et 15-07 contre une équipe de Saint Pétersbourg et une de Belgorod. Nous voici en power pool avec une victoire, puis finalement une deuxième puisque nous battons Jupiter (autre équipe de Saint Pétersbourg), pourtant invaincus lors des regionales : 15-10.

Le samedi, nous jouons notre dernier match de power pool à 08h00 sous le déluge, contre Real Five équipe de Novgorod, favoris et tenants du titre 2014. Une victoire nous assure une place en demie finale directement, alors qu’une défaite nous impose de passer par un quart, malheureusement après un match remarquablement intensif, et après avoir mené 13-12, nous cédons, et perdons ce match 15-13. Nous enchaînons donc sur le quart de finale contre Oksidisko équipe de Veliky. Nous menons au score jusqu’à 12-11, disque en main, mais là encore, le manque d’expérience, et de lucidité nous est fatal ! Après une dernière attaque très propre de nos adversaires lors de l’ universe point, nous perdons 14-13.

Le dimanche, match pour la 5ème place, l’enjeu pour l’équipe est essentiellement de travailler et progresser, les lignes sont modifiées pour permettre à tout le monde d’en profiter, nous perdons 12-09 contre Dolgoroukie, autre équipe de Moscou.

Nous finissons donc le championnat à la 6ème place. Être éliminé en quart de finale par 1 point est forcément décevant pour moi, mais pas pour le coach et les capitaines de Lucky Grass, ravis de la saison et du niveau de jeu affiché sur ces matchs à enjeux. En l’occurrence, Jupiter, que nous battons, finit 04ème, Oksidisko, qui nous élimine 14-13, prend la médaille de bronze, et Real Five, qui nous bat 15-13, conserve son titre de champion, après une finale spectaculaire et intense contre Sokol (Moscou).

Entre temps, la finale mixte a vu la victoire de Freza, l’équipe la plus lointaine de ces "nationals", venue de Perm, à 1500 km à l’est de Moscou. Et, côté féminin, malheureusement pour nous, la victoire de Cosmic Girls (Saint Pétersbourg) lors du traditionnel duel contre Lemon Grass. Sans doute le high-light du weekend : niveau de jeu, esthétisme, ambiance, intensité, spectacle… Les clubs sont une parfaite explication de leurs résultats féminins sur la scène internationale !

 

Voilà pour le résumé de mon aventure. De manière plus générale, et probablement plus intéressante, voici en vrac ce qui m’a marqué lors de cette première expérience russe, relativement à nos habitudes françaises :

- Le niveau homogène des équipes, et la densité du championnat. Ceci étant pour moi l’un des bienfaits directs du format, chaque équipe arrive aux "nationals" en forme et performante, les matchs sont généralement accrochés et difficiles à pronostiquer, comme en atteste tous les scores (particulièrement pour le top 8), ainsi que le palmarès du championnat sur ces dernières années. En l’occurrence, les meilleures équipes sont sans doute légèrement moins compétitives que celles de notre championnat français, tandis que les équipes de milieu et de bas de tableau sont bien supérieures à leurs équivalents chez nous. D’ailleurs, la majorité des équipes aligne des rosters de plus de 20 joueurs, permettant de performer sur les 3 jours de "nationals".

- Le niveau physique est supérieur au notre. (Le niveau tactique et technique est, lui, inférieur, en partie à cause de la difficulté d’ obtenir des terrains). C’est particulièrement visible chez les joueurs novices. Ils courent vite, sautent haut et plongent tous sans exception ! Les duels sont compliqués, et il est impossible (et visiblement inconcevable pour eux) de ne pas jouer les coups à 100%, quel que soit l’adversaire, quel que soit le score. Ceci rend le championnat éprouvant, mais aussi très stimulant à jouer, et spectaculaire à suivre.

- Lors de chaque match (y compris lors des regionals et tournois) les statistiques sont enregistrées (9 passes / 18 points en ce qui me concerne). Ils tiennent à jour un classement (6e) et élisent systématiquement un MVP (Mikail Koudobin). Ces données sont au centre de beaucoup de discussions, voire même d’analyses statistiques. J’ai trouvé ça plutôt perturbant, et inquiétant pour le développement des futurs joueurs.

- Le manque de moyens financiers : en effet, tout est payant et tout coûte cher. A titre d’exemple, pour s’entrainer 2*2h par semaine, sur un demi terrain en synthétique qui date lui aussi d’hier (sans douche, ni vestiaire), chaque joueur de Lucky Grass doit payer 60€ par mois. (Ceci a cependant un effet bénéfique : les joueurs, blessés ou pas, ne ratent jamais l’entraînement !). Autre exemple, pour les "nationals", le player-fee des joueurs (volontairement accessible) ne permet pas de couvrir l’ensemble des coûts du championnat, celui-ci est donc en partie financé de manière privée notamment grâce à Sacha, le président russe, patron d’une entreprise de construction qui participe au financement depuis déjà plusieurs saisons.

- les moyens « humains » sont en revanche très développés. De fait , il y a énormément de bénévoles/staff qui travaillent durant tous les "nationals", (repas, tables de marques, installations, statistiques, boutiques, physio,…), à l’image de ce qu’on trouve habituellement sur les gros championnats estivaux.

- la quasi exclusivité des équipes russes est équipée par Lucky Grass (http://www.lucky-grass.com/)! Les design sont super, mais surtout ils fabriquent directement à Moscou (y compris le sublimé) avec pour conséquence des prix très compétitifs (80 € le set de 2 shorts, 1 maillot, 1 maillot manches longues, 1 polo), des délais courts (fabrication dans la semaine), et une qualité au rendez-vous, ça laisse songeur !

- Enfin, puisque c’est aussi un débat qui existe chez nous, il faut savoir que le modèle adopté pour les équipes nationales russes vient juste de changer. Jusqu’aux EUC à Copenhague cet été, l’équipe championne représentait le pays (comme au Canada, et anciennement aux US), et était responsable du projet pour le championnat suivant. Désormais, et ce sera le cas pour Londres, ils ont adoptés le même modèle que chez nous, avec un staff indépendant des clubs, responsable de sélectionner et préparer l’équipe nationale pour les prochains championnats. (Il faut préciser que dans l’état d’esprit de nombreux joueurs cela a nettement diminué l’enjeu de ces "nationals" 2015)

 

Je crois avoir été exhaustif ! Puisqu’il m’est impossible de mettre des mots sur l’accueil que m’ont réservé les joueurs de Lemon et Lucky Grass ! Merci à eux tous.

A suivre !

 (c) Александр Рудомёткин

 

Please reload

Featured Posts

A r(o)ugir de plaisir !

September 18, 2019

1/5
Please reload

Recent Posts

September 18, 2019

April 17, 2019

Please reload

Archive