Billet d'humeur, l'arbre sans racines

 

Rappel des faits :

 

Le 4 novembre 2016, la Fédération Flying Disc France (FFDF) publie sur sa page Facebook une offre d'emploi pour un poste de chargé de communication : « Vous êtes passionné(e) par les sports de disque et souhaitez en faire votre métier ? Consultez l'offre sur Pôle emploi ». Cette offre, disponible depuis la veille sur le site national de recrutement, propose un salaire aux environs du Smic pour une durée d'un an, sous la forme d'un contrat aidé.

 

 

 

Focus est né au départ d'un constat : si le travail des licenciés et clubs de la Fédération était bon, il n'y avait en France aucun canal pour centraliser l'information. Les initiatives locales de notre sport souffraient de la concurrence d'un contenu quasi-exclusivement US et, parfois, du reste de l'Europe. En créant le site, l'idée était de permettre aux membres passionnés de retrouver du contenu francophone qu'il serait plus facile de trouver et de partager, pour promouvoir et alimenter la passion de notre sport. L'autre objectif était de valoriser le travail des clubs et rester maître de notre propre communication.

 

Depuis le lancement de Focus, l'unique magazine en ligne et sur papier consacré à l'ultimate en France, nous avions pris le parti de ne pas demander de soutien financier auprès de la Fédération. Cette décision avait été motivée par un constat : la Fédération semble manquer de moyens financiers. Pour preuve, malgré un équipementier officiel obligatoire, la Fédération n'a pas les moyens d'offrir un set de maillots à ses internationaux...

Ainsi, tous les déplacements, achats de matériels, traitement des photos, des articles ou autres actions menées ont été faites bénévolement, soutenues ponctuellement par des joueurs, clubs ou quelques entreprises. Au final, le coût excède très largement les ressources financières de l'équipe de Focus. Mais malgré l'absence de soutien officiel moral ou physique, le site a toujours affiché une ligne rédactionnelle bienveillante à l'égard de cette Fédération. Celle-ci n'a de son côté jamais mis en avant le travail effectué (autre que la simple mention légale du copyright) ; et, même après avoir lu le magazine papier, la seule réponse officielle fut la mention d'un copyright oublié.

Cependant, officieusement, le travail de communication semblait être apprécié, les photos et vidéos paraissaient utiles à la communication des clubs et la Fédération semblait contente de les trouver, notamment lors des heures de gloire des équipes nationales. Sans n'avoir rien demandé, on nous faisait comprendre qu'il y aurait un peu plus de soutien l'année suivante, c'était motivant.

Quand en août, le poste de chargé de communication m'a été évoqué, un seul problème se profilait : c'était un contrat aidé et il fallait donc pouvoir être éligible pour y prétendre. Après avoir reçu plusieurs appels de la Fédération par le biais de ses élus et des mails me demandant de postuler et proposant d'anticiper ma formation, j'ai alors décidé de jouer le jeu et fait le nécessaire pour être éligible. J'ai donc dû arrêter de travailler, puis attendre deux mois sans revenus pour pouvoir obtenir le RSA qui me permettrait de pouvoir travailler à la Fédération. Coût total de l'opération : 4500€ de la part de quelqu'un qui travaillait au Smic et donnait environ trois mois par an de bénévolat à l'ultimate.

Ayant été démarché par la Fédération, il m'était pratiquement assuré d'avoir le poste. Si l'offre mettait du temps à arriver, le jeu en valait la chandelle : j'allais pouvoir poursuivre le travail commencé, pendant un an, à une autre échelle, et pouvoir m'investir d'avantage pour faire évoluer notre sport. De plus, il était absurde que les élus d'une Fédération dont les valeurs sont l'esprit du jeu et l'auto-arbitrage demandent à quelqu'un de faire le nécessaire pour être éligible pour lui refuser ensuite le poste alors qu'ils connaissaient son profil. Enfin, le risque n'était pas grand pour la Fédération de m'employer un an : si jamais je n'étais pas le plus compétent pour le poste, ils avaient une garantie de dévotion totale dans le travail, quelqu'un qui ne compterait pas ses heures et qui avec gratitude aurait pu continuer le travail qu'il faisait avant, mais avec l'expérience qu'il aurait pu emmagasiner avec ce contrat. De plus, connaissant déjà son travail, il aurait été facile de déterminer un axe d'amélioration en gardant ce qui semblait pertinent du travail déjà mis en œuvre, conservant ainsi une continuité dans la communication.

 

Pourtant, le choix de la Fédération, par le biais de ses élus, s'est porté vers un candidat externe à notre sport. Cette décision lourde de conséquences est un vrai risque. Tout d'abord humainement, ce choix est une humiliation absolue pour une personne qui s'est retrouvée dans la précarité financière pour avoir fait confiance à une promesse morale. Ensuite, le problème est que je vais devoir travailler ailleurs et que j'ai déjà perdu trop d'argent et de temps dans l'espoir de ce contrat. Je n'aurai plus les mêmes disponibilités qu'avant, n'ayant plus le temps de cumuler des jours de congé, et la situation m'oblige à accepter le prochain job alimentaire à disposition. Ainsi, le manque de disponibilité à venir risque de mettre à mal mes engagements pris avec l'équipe de France open beach pour laquelle j'ai pris en charge l'intendance, la LFDARA (Ligue flying disc Auvergne Rhône-Alpes), certains tournois dont je devais assurer la communication ou encore sportivement avec les Sesquiditus (Strasbourg). La Fédération risque ainsi de devoir se passer de l'un des photographes qui lui avait livré le plus de photos ces dernières années et fait le plus de travail de communication. Par exemple, les juniors n'auront probablement personne pour prendre en photo leur championnat d'Europe. Enfin, le désaveu moral étant grand, je ne laisse plus à disposition, gratuitement et en HD, mes photos sur le Flickr de la Fédération, et ne suis plus administrateur des pages Facebook de la FFDF et des équipes de France (hormis Open Beach).

 

Je suis très heureux du chemin parcouru avec Focus depuis son lancement : vous avez eu accès à de nombreuses photos des équipes sur les différents tournois, à des vidéos lives et différées, à un énorme travail de présentation des équipes lors des championnats du monde et à un support papier et virtuel mis à jour très régulièrement.

Imaginez maintenant quelles informations vous auriez pu trouver de tous ces événements si l'équipe n'avait pas travaillé autant. Auriez-vous pu, même en anglais, accéder à toutes ces informations ? Peut-être que quelqu'un se serait levé et aurait fait une partie de ce travail, peut-être pas. Vous pouvez également juger de la qualité de mon travail en observant ce qui à été fait sur la page facebook de France Open Beach depuis qu'elle est en place et la comparer à ce qui se fait ailleurs, notamment à l'étranger.

 

Le message qu'envoie la Fédération par le biais de ses dirigeants est très clair : elle ne fait pas confiance à ses membres pour faire le travail de communication. En prenant une personne externe (contre qui nous n'avons aucun grief), elle préfère s'exposer au risque d'avoir une personne qui mettra peut-être plus de temps à s'adapter et qui ne restera pas forcément proche de notre sport une fois son contrat terminé, plutôt que de laisser une chance à ceux dont elle utilise déjà le travail. Elle se refuse à former quelqu'un dont elle avait la garantie de l'engagement antérieur et postérieur au contrat. Enfin, elle prouve qu'elle a des moyens financiers quand elle le souhaite.

À vouloir grandir trop vite, parfois, on se coupe de ses racines.

Espérons qu'au moins cette décision soit un vrai cap franchi pour la Fédération et paye. Il faudra des résultats concrets sur les deux axes qui ont orienté la décision : trouver des partenaires financiers et établir une relation de confiance avec le ministère, pour que la décision ait un impact positif.

J'aurais préféré utiliser Focus pour parler de sujets plus heureux que cette problématique interne, mais la décision de la Fédération me concernant, au final vous concernera tous également, impactant directement le paysage médiatique que vous auriez pu avoir. J'aurais également préféré ne pas avoir à intervenir avant l'annonce officielle de la Fédération, mais cette annonce ne venant pas, il m'a semblé légitime que les acteurs de notre sport soient au courant de ce qui s'est passé avant l'AG de la Fédération ce samedi 10 décembre. Ainsi vous avez encore, par le biais de vos élus, la possibilité de faire entendre votre voix, avant l'annonce officielle, qui elle, sera trop tardive pour que vous puissiez réagir et donner votre avis. Ceux qui le souhaitent peuvent désormais prendre contact avec leurs élus qui se rendront à l'AG de la Fédération demain, et obtenir des réponses à d'éventuelles questions que vous pourriez avoir. Désormais informés, vous avez la capacité de participer aux enjeux démocratiques de votre sport.

 

 

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