Gaël Ancelin, les USA, le Mixte, la France, et plus si affinités…

Rentré récemment de San Diego où il a fortement contribué aux scores de l’équipe canadienne de GOAT, Gaël était aux sélections de l’équipe de France mixte en vue des championnats d’Europe de Juillet 2023 le dernier weekend d'octobre. On a voulu en savoir plus sur sa saison hors normes, même pour un joueur à haut niveau : capitaine de l’équipe de France des World Games mi-juillet à Birmingham, dont aucun match ne se termine avec plus de trois points d’écart, il prend la 4e place des championnats du monde des clubs avec les Mooncatchers de Bruxelles fin-juillet à Cincinnati (une performance historique), et il joue un gros rôle dans la qualification de l’équipe canadienne GOAT à la phase nationale des championnats des clubs américains en septembre. Cette phase finale a lieu en octobre à San Diego, où la performance de Gaël lui vaut un paragraphe ultiworld, en plus de sa distinction par les stats.

C’est une figure connue de l’ultimate français, joueur en équipe nationale depuis plusieurs cycles, et pilier de l’équipe mixte des Sesquidistus (champions de France mixte 2022). Et pourtant, son parcours ne ressemble pas à celui de d’autres grands joueurs français du moment ayant aussi une expérience en compétition outre-Atlantique. Ayant découvert le sport alors qu’il était déjà adulte, Gaël n’a pas voulu y dédier toute sa vie, en lâchant son métier de professeur de sport en collège, ses proches, et le reste de sa vie à Strasbourg, pour aller expérimenter le haut niveau américain au quotidien. Comment s’est-il retrouvé là, pourquoi en open alors qu’il affirme préférer le mixte, quelles suites à cette aventure unique ? Quelques réponses ci-dessous.



FOCUS : Comment as-tu vécu le stage de sélection mixte en revenant des USA, où tu as dû expérimenter un niveau d’ultimate que tu n’avais peut-être jamais vécu avant ?


Honnêtement, je l’ai très bien vécu. Ce qui était compliqué c’était la gestion de la fatigue, je suis rentré 3 ou 4 jours avant le stage, et 9h de décalage c’est beaucoup1, j’avais quelques problèmes d’endormissement. Ça fait un peu une saison interminable, je serai content de faire une pause lorsque le prochain stage sera passé. Mais je suis content que le projet redémarre, de voir les nouvelles personnes intéressées, et de revenir jouer en mixte, puisque je n’ai joué qu’en open depuis les World Games.

Je trouve ça génial que la moyenne d’âge soit descendue clairement dans ces sélections. Ça montre que les projets plaisent et que les jeunes n’hésitent pas à postuler. C’était la première fois que j’étais parmi les plus vieux, sans hésitation. Dans les cycles précédents, il y avait des parents parmi les postulants (sourire) – surtout au cycle World Games, plusieurs joueurs « en fin de carrière » ont été attirés par le projet.


FOCUS : Pour revenir sur ta saison « interminable », qu’est-ce qui t’a le plus marqué ?


C’est un peu la question à douze mille euros, je ne sais pas ce qui m’a le plus marqué. Il y a eu une succession de moments exceptionnels dans cette saison. Exceptionnels, dans le sens où tu te dis « c’est un moment qui n’arrive qu’une seule fois dans une carrière ». Le fait de faire partie de l’équipe des World Games, faire cette compétition, être dans le village des athlètes avec les autres disciplines, ça laisse des souvenirs impérissables. Le niveau de jeu était fou. C’est plus élevé que ce que j’ai pu voir à Cincinnati ou au championnat américain. Aux World Games, la moindre erreur était sanctionnée. Mais enchaîner avec Cincinnati dans une équipe avec laquelle je n’étais pas sensé jouer à l’origine2, faire une performance incroyable, aller en demi-finale et battre Sockeye avec l’ambiance qu’il y avait sur et en-dehors du terrain, c’est aussi fabuleux. Et après la saison n’est pas finie, on arrive à se qualifier avec GOAT pour la phase nationale des championnats américains, ce qui n’était pas gagné du tout si le seeding était respecté, si les équipes étaient à leur niveau a priori. On gagne une semaine à San Diego pour la phase finale (endroit de rêve pour passer une semaine fin octobre), et on y fait une grosse performance aussi, même si le résultat peut être interprété comme décevant, on finit quand même avec 4 victoires et 3 défaites sur la compet. Donc un bilan positif, et puis on bat le futur champion en titre !


FOCUS : On a appris cet été que l’ultimate ne serait pas aux JO 2028. Est-ce que vous parliez des JO quand vous étiez aux WG ?


Non, on était vraiment concentré sur la compétition. Y a plein de choses qui m’ont marqué. Le nombre de services de sécurité était impressionnant, on passait par des détecteurs de métaux à chaque fois qu’on rentrait dans nos logements, on prenait le bus avec des policiers armés, on mangeait notre porridge à côté de rangers qui avaient leur pistolet autour de la taille au petit-déjeuner. C’est quelque chose auquel on est pas du tout habitué en tant que joueur d’ultimate. C’est vraiment un sentiment que t’as dans aucune autre compétition.

Finalement, les championnats du monde des clubs j’en avais fait d’autres avant. Les nationals, ça reste un tournoi d’ultimate, ce qui est dépaysant c’est de jouer plutôt que regarder à la télé, mais globalement ça reste des joueurs de frisbee qui sont entre eux. Le village des athlètes et les World Games, c’était complètement différent. Et ça, en termes de souvenirs sur l’ensemble de la compet, c’était très nouveau.

Pendant les matchs, on ne sent pas le public. L’ambiance qui vient des tribunes est beaucoup moins importante que sur une finale de gros tournoi où les personnes comprennent ce qui se passe. Aux WG, on était sur un stade assez isolé. Y avait du monde sur les finales, mais pas plus de 40-50 personnes sur les phases de poule. Et les tribunes étaient assez éloignées. On entendait distinctement les encouragements envers chaque joueur, par exemple, ce qui n’arrive jamais quand il y a du bruit. A peu près la moitié des joueurs de l’équipe avaient des proches venus les voir. Moi, ça ne m’a pas manqué, il y a énormément de choses à faire sur place.


FOCUS : Est-ce que tu as beaucoup de soutien pour ton engagement dans l’ultimate de la part de tes proches, de manière générale ?


Mes amis de Strasbourg suivent plutôt les résultats. Mes collègues suivent un peu aussi. Mes parents suivent les résultats, ils me demandent s’il y a des liens pour regarder les matchs, même s’ils ne comprennent pas tout et me demandent si j’ai gagné quand je suis en stage de sélection (😊). J’ai commencé l’ultimate à 21 ans, j’étais déjà assez indépendant de ma famille. Donc je suis soutenu, même si l’ultimate n’occupe pas toute ma vie et celle de mes proches. Ça occupe surtout la plus grande partie de ma vie depuis que j’ai commencé les compétitions en équipe nationale et que je me suis rendu compte de tout ce que ça pouvait m’apporter en termes de voyages, compétitivité, rencontres, etc.

FOCUS : Qu’est-ce qui était le plus important pour toi aux WG, le niveau de jeu, ou les valeurs, le cadre, etc. ?


Moi, ce qui m’intéresse quand je fais du frisbee, en tous cas avec ce projet WG, c’est de jouer au plus haut niveau possible. C’est de se dire « t’as fait la compétition où y avait le meilleur niveau au monde, où le pool était tellement réduit que t’avais plus que l’élite de l’élite ». C’est ça qui me motivait. Et, en plus, de le faire en division mixte, une division qui me tient particulièrement à cœur.

Je pense que la France peut se qualifier pour les prochains WG. Ça va demander certains choix de la part de la fédération, mais je pense que c’est possible. Et que le niveau de l’équipe de France peut être encore meilleur que celui de cette année. D’année en année, le niveau ne peut être que meilleur. C’est compliqué de jauger par rapport aux autres nations, et ça dépend de combien de nations se fixent comme objectif de participer aux WG. Cet objectif change les choix de la fédération. Si on se dit que l’objectif des prochains championnats du monde c’est d’aller aux WG, ça nécessite que les trois équipes fassent de très bons résultats. Et ça change la composition et la sélection des équipes. Par exemple, l’Italie peut envoyer une très bonne équipe féminine et open, mais ça ne suffira pas pour les WG s’ils n’ont pas d’équipe mixte. S’ils décident d’avoir les WG comme enjeu principal, ils répartissent leurs talents, et ils ont le pool pour avoir trois équipes conséquentes.

FOCUS : Comment est-ce que tu as vécu les championnats américains, et comment es-tu arrivé là-dedans ?


J’avais déjà pensé faire les championnats nord-américains, je regarde beaucoup de matchs. C’était un peu un rêve, on a l’impression que c’est le plus haut niveau auquel on peut jouer en ultimate. Mais avec qui, comment, comment justifier d’arriver dans une équipe ? J’avais pas d’accroche ou d’entrée dans le monde Nord-américain. En 2016, après la 3e place aux EUCF avec les Tchacs, on a été plusieurs personnes à recevoir un mail de l’entraîneur du Royal de Montréal nous proposant de venir jouer en AUDL. Sauf que pour moi c’était quasiment impensable de changer complètement de vie, de mettre mon boulot de prof entre parenthèses (voire d’annuler mon concours si je restais là-bas trop longtemps), j’avais une situation trop stable et confortable en France, même si le projet sportif était attirant.

Et puis, en novembre 2021, Nasser Mbae Vogel (coach de l’équipe de France WG) m’a proposé à la fin d’un stage de jouer un tournoi à Madrid deux semaines après avec ses potes canadiens. J’ai donc débarqué dans cette équipe de Los Otros, dans laquelle il y avait plusieurs joueurs de GOAT, dont deux responsables de la gestion de l’équipe. Le tournoi s’est plutôt bien passé, on perd à l’universe contre Clapham en finale, et ils m’ont proposé de jouer Cincinnati avec eux au mois de juillet. J’avais pas prévu de faire Cinci du tout, parce que c’était une année WG et que je voulais me concentrer là-dessus, mais en même temps jouer avec une équipe comme ça, c’est une opportunité que t’as qu’une seule fois, donc j’ai foncé. Je me suis engagé pour Cincinnati et pour les championnats américains3.

Mais, pour les championnats du monde des clubs, toutes les fédérations nationales doivent valider les rosters de toutes les équipes de leur pays. Ultimate Canada a décidé que les extérieurs n’étaient pas autorisés dans les équipes canadiennes. Du coup, GOAT m’a proposé de jouer quand même les championnats américains avec eux, pour lesquels la fédération n’a pas son mot à dire.

Concrètement, trois semaines après être rentré de Cincinnati, j’ai fait un aller-retour à Indianapolis pour jouer l’Elite select invite – tournoi de préparation pour les championnats américains. Un mois après, fin septembre, y avait les Regionals à Boston, pour lesquels j’ai à nouveau fait l’aller-retour. Et puis fin octobre je suis allé aux Nationals à San Diego. Donc j’ai fait au total 3 compétitions avec GOAT cette année.

FOCUS : Est-ce que le style de jeu nord-américain est différent ?


Différent, non, ça reste de l’ultimate. Peut-être un peu plus physique, ça a moins peur du contact, mais ça j’ai la sensation que c’est surtout la manière dont évolue la division open maintenant, que ce n’est plus seulement l’apanage de l’Amérique du nord. Ce que j’ai remarqué, c’est la vitesse à laquelle toutes les personnes comprennent une consigne, ou la manière de jouer de l’équipe adverse. Sur plusieurs de nos matchs, après 2 ou 3 points, tout le monde identifie la manière d’attaquer de l’adversaire et en tire les conséquences pour la défense à adopter. A partir de là, tout le monde sait ce que ça implique, comment l’opérer sur le terrain, et ça se met en place, c’est fait par tout le monde en même temps. J’ai trouvé ça très différent de la France. C’est une question de connaissance des fondamentaux sur les meilleures réponses à apporter à différentes situations de jeu. On n’envisage pas mille options, les solutions sont évidentes.

On pourrait apprendre l’ultimate comme ça en France, mais il manque la régularité de jouer des matchs à ce niveau-là, qui permet de ne plus se poser de question. Dans mon cas, je m’étais déjà retrouvé dans ces situations de nombreuses fois aux championnats du monde des clubs, en équipes nationales, aux EUCF, même si ce n’est pas aussi fréquent qu’en Amérique du nord. Et puis, quand tu arrives dans une équipe comme ça, c’est assez facile de suivre le courant. Ce n’est pas vraiment de la stratégie, c’est plus de l’intelligence dans l’action, de la réaction par rapport à quelque chose qu’on vient de voir sur le terrain. Et j’ai trouvé ça cool.


FOCUS : Est-ce que tu as croisé beaucoup de joueurs européens à San Diego ?


Oui, il y en avait beaucoup cette année. Levke Walczak (joueuse allemande de l’équipe des WG) jouait avec Boston, Laura Farolfi (joueuse italienne, ancienne eurostar) jouait en mixte avec Noise, l’équipe de Robyn Fennig (joueuse américaine qui a joué avec Fillelis et YAKA en France). Je les compte comme européens aussi même s’ils sont vraiment américains, il y avait Jacques Nissen (qui a participé aux sélections WG en France, avant de se retirer) et Alexandre Fall qui jouaient avec DC Truck Stop. Y avait beaucoup de joueurs non nord-américains qui se déplaçaient uniquement pour ça.


FOCUS : Truck Stop, on en a beaucoup entendu parler cette année. Quelle a été ton expérience contre eux ?


On a joué contre eux en poule, on a perdu 15-7. Ils ont une offense excellente. Ils ont une manière de travailler les marques qui rend tous les breaks faciles. Pour caricaturer un peu, ils ont tiré une longue de tout le tournoi, ça a pas marché, ils ont arrêté. C’est une équipe qui joue énormément dans le break, avec des cuts qui sont indéfendables où y a 1m d’avance au départ, 1m d’avance à l’arrivée, et comme le disque est placé au bon endroit, tu peux pas défendre. Tu es obligé de prendre des risques à la marque, donc tu ouvres le break de l‘autre côté. Et puis tu es obligé de prendre des risques en défense parce qu’ils jouent si bien dans le break, donc tu te positionnes un peu plus de front, mais tu te fais avoir dans l’ouvert, et c’est un peu « choisis ton poison ». C’est très compliqué de défendre contre cette équipe. Je crois qu’on met aucun break dans ce match.

C’est aussi les joueurs qui composent cette équipe qui font son identité : ils ont beaucoup de joueurs qui sont très forts pour manipuler les marques et breaker (Johnny Malk, Jacques Nissen, Rowan Mcdowell), mais aussi des cutters hyper dynamiques indéfendables sur les 4-5 premiers appuis, et c’est tout ce dont ils ont besoin. Christian Boxley fait peut-être la meilleure saison de sa vie pour l’instant, ils arrivaient toujours à le trouver dans le middle, et après ça déroulait facilement.


FOCUS : Est-ce que tu le referais ?


Si je prends juste l’ultimate, l’équipe et la manière dont ça s’est passé, bien sûr que je le referais. Le problème c’est que, déjà, en termes de bilan carbone, on va pas se le cacher, c’est une catastrophe intersidérale. Ensuite, au niveau budget, c’est aussi quelque chose d’hyper important : c’est quand même 3 aller-retours aux Etats-Unis en l’espace de 3 mois, sans parler des logements, de l’inscription tournoi, de la nourriture sur place, etc. C’est vraiment un super budget. J’avais rien fait pendant le covid ; globalement, toutes mes économies de deux ans sont passées comme ça. Donc je le referai pas comme ça. Soit je passerais 2-3 mois au Canada pour faire la saison entière avec eux et je resterais là-bas, je ferais les entraînements avec eux. Soit je ferais juste l’aller-retour pour les Nationals s’ils se qualifient.

La saison américaine n’incite pas du tout à venir passer une année complète en Amérique. Elle dure de juillet à fin octobre. Certains try-outs ont lieu en avril-mai, mais les premières compétitions sont en juillet. Après, avec mon boulot, c’est compliqué de faire une saison complète parce que je peux pas m’absenter deux mois juste à la rentrée des classes. Et puis, je n’ai toujours pas envie de lâcher ma vie en France, et j’aime l’ultimate en France aussi. Cette expérience et ma passion pour ce niveau-là ne prend pas toute la place de ce que j’ai envie qu’il se passe en France. J’ai envie de revenir et de partager ce que j’ai vu et appris.

Maintenant, après un an et demi de déplacements 3 weekends sur 4 pour l’ultimate, j’ai besoin de prendre 2-3 mois pour redescendre un peu avant de penser à la suite.


FOCUS : Tu as fait les championnats du monde des clubs avec 3 clubs différents et dans deux catégories différentes. Est-ce que tu peux comparer ces expériences ?


La première avec les Tchacs, Lecco en 2014, c’était un peu une découverte. L’équipe était très jeune, le but c’était de faire une première partie de tableau. On a joué Johnny Bravo (vainqueur des nationals en 2022), où y avait Kurt Gibson, Bart Watson, Brodie Smith, ces gens-là je les connaissais très bien, parce que je suis un geek du frisbee et que je regardais déjà beaucoup de matchs à l’époque. Donc ça faisait très plaisir de faire partie de cette aventure-là, alors que je viens de l’Est de la France et qu’à ce moment-là le frisbee n’y était pas du tout compétitif. Je suis arrivé dans cette équipe par le biais d’Alexandre Vernotte, qui avait joué avec des tchacs dans des tournois. J’étais très satisfait de ma semaine, un championnat de club donne l’impression de partir en famille. Ça m’a donné envie de faire la même chose avec mon propre club.

Quand je suis arrivé à Strasbourg, en voyant les joueurs, je me suis dit qu’y avait moyen de faire quelque chose. J’ai proposé de monter un projet sportif, de gérer les entraînements, pour qu’on devienne champions de France. 3 ans après, en 2017, on devient champions de France et c’est qualificatif pour les championnats du monde des clubs. Cincinnati en 2018, c’est l’aboutissement de ce projet de toute une génération de sesquis. Il a fait beaucoup de dégâts ensuite ce projet, avec beaucoup de joueurs qui ont arrêté, parce que c’était une année difficile en termes d’intensité sportive, de budget, etc., et beaucoup ont considéré qu’ils avaient fait tout ce qu’ils pouvaient faire dans leur carrière d’ultimate. Mais ça a vraiment été l’aboutissement d’un cycle avec Laurent Leipelt, Laetitia Holstein, Nico Merstorf, toutes ces personnes qui jouaient encore à l’époque et qui ont plus ou moins arrêté après Cincinnati 2018.

Quand tu fais une compétition avec une équipe nationale, les personnes qui sont là savent exactement dans quoi elles s’engagent, c’est l’« élite » d’un pays, des personnes qui ont envie d’avoir cette attitude de sportifs de haut niveau, avec tous les sacrifices que ça implique. Quand un club finit champion et se qualifie, les joueurs qui le composent ne se sont jamais dit qu’ils allaient représenter le club ou faire partie d’une compétition comme ça. C’est ce qui est difficile, je pense : partir avec 20-30 personnes dont les motivations sont complètement différentes, qui ne se sont jamais penchées sur ce que ça voulait dire d’être sportif de haut niveau, ce que ça changeait dans leurs entraînements, l’intensité physique, les blessures et les gestions, le fonctionnement de leur club, les équipes, etc. Et c’est beaucoup dans une année. Je ne sais pas si ça arrive plus en mixte qu’en open ou en féminin, mais dans mon expérience, les équipes open avec lesquelles j’ai joué ces championnats avaient une proportion bien plus grande de joueurs d’équipe nationale. C’est important, le nombre de personnes pour lesquelles c’est une première expérience internationale.

Pour Cincinnati 2022, c’est encore par chance que je me suis retrouvé dans l’équipe avec laquelle j’ai joué. Après la nouvelle de la fédération canadienne que je ne pouvais pas jouer avec GOAT, j’ai eu une semaine pour trouver une autre équipe. C’est Coralie Fouquet (dans l’équipe WG) qui a contacté les Moons. Ils venaient de perdre un joueur, et m’ont proposé de tester mon intégration dans l’équipe au Windmill 3 jours après, avant de décider pour Cincinnati. J’ai demandé deux jours d’absence au collège et on a joué la finale du Windmill contre Clapham. Mon chef est très compréhensif, et j’ai pu aller à Cincinnati.

C’est l’expérience la plus intense sur les trois, et de loin. On a joué 4 équipes américaines, 2 équipes canadiennes, 2 équipes colombiennes, et les Tchacs et Clapham. Donc 100% des matchs qu’on a joués c’étaient des matchs de très haut niveau. Y avait pas un match de repos. Ce qui est surprenant pour un championnat du monde des clubs. On était dans la poule considérée comme la poule « de la mort ». On est rentré directement dans la compet en jouant Furious Georges en premier, les champions canadiens en titre. On a gagné, puis on a joué Rhino et on a gagné, et là on pouvait battre tout le monde. On n’a jamais cru qu’on pouvait être champions du monde. On a toujours cru qu’on pouvait battre les équipes en face de nous, mais on pensait pas à ce qui arrivait après, parce que chaque match était comme la plus grosse finale de tournoi qu’on jouerait dans notre vie, et la seule chose qu’on avait à faire c’était se concentrer et jouer. On a jamais pensé qu’on allait être en demi-finale des championnats du monde. On s’est juste retrouvé en quart de finale contre Sockeye, et on a battu Sockeye. Et la conclusion c’était qu’on était en demi-finale. On aurait pas dit.

Sur l’ambiance dans l’équipe, elle était très bonne. Y avait un peu deux groupes, avec les joueurs de Bruxelles qui font vraiment partie du club des Moons, et les joueurs extérieurs (3 lettons, 2 joueurs de Jetset, 2 joueurs américains, et moi qui venait de France). On avait un 7 majeur de défense avec quasiment que des joueurs étrangers. Les 3 lettons ont vraiment travaillé toute l’année avec les Moons – tous les entraînements, les compétitions, etc. On était que 3 « vrais » extérieurs. Ce qui était fou, c’est qu’y avait aucune question de temps de jeu. Si certains joueurs devaient jouer 2 points et d’autres 15 dans un match, c’était comme ça. Et y avait aucune frustration exprimée – même si peut-être elles étaient ressenties. Tout le monde était au courant de sa place dans l’équipe, de ce qu’il devait apporter à quel moment, et ça a aussi fait que tout le monde avançait dans le même sens. C’est P-A qui gérait les appels de lignes, et il faisait des débriefs après chaque journée avec 3 capitaines. Il jouait parfois, et plus le niveau de la compétition avançait, plus il se retirait lui-même du terrain.


FOCUS : On parlait des premières expériences internationales, quelle était la tienne et quel en est ton souvenir ?


Ma première expérience internationale c’étaient les championnats du monde de Beach en 2011 avec l’équipe de France open. C’était une très bonne expérience. Pas plus que ça sur le terrain, je savais à peine faire un coup droit. Mais j’étais spectateur sur cette compétition, j’avais les yeux qui papillonnaient, je regardais les Américains, les super lanceurs, les joueurs qui couraient super vite. C’était pas du tout ma pire expérience.

Je connaissais déjà les joueurs, je regardais déjà beaucoup l’ultimate. Je suis comme ça, quand j’ai une lubie, je regarde avant tout les règles du jeu, les joueurs, comment ça va fonctionner. Quand j’achetais un jeu vidéo, je ne jouais pas au jeu avant d’avoir lu complètement la notice.


FOCUS : Quels sont tes objectifs pour la saison qui commence maintenant ?


Je veux être champion d’Europe avec France mixte. Je pense qu’on va avoir l’équipe pour, du coup maintenant j’ai qu’une envie, c’est d’aller chercher la médaille d’or. C’est ma priorité sur un objectif de club, parce que c’est assez compliqué encore à Strasbourg de sentir comment seront les gens par rapport à cette saison compétitive, et c’est un peu tôt pour avoir des objectifs de club, même si j’ai envie de belles choses aussi avec Sesqui. On a pas mal de jeunes qui ont envie de vivre tout ça, maintenant il faut leur laisser de la place et que ça crée de l’émulation.


FOCUS : On en a un peu parlé tout au long de l’entretien, mais comment tu perçois maintenant la différence entre mixte et open, vers quoi tu tends, et pourquoi ?


Je maintiens que jouer en mixte est beaucoup plus difficile que jouer en single gender. Parce que les variations de vitesses sont beaucoup plus importantes en mixte. Et ça rend très difficile la gestion de l’espace, la vision des fenêtres de tir qui s’ouvrent et se ferment beaucoup plus rapidement ou lentement. En single gender, on sait à peu près ce qui va se passer. Et c’est vraiment cette complexité qui m’intéresse et me donne envie de continuer à jouer en mixte. Je pense que beaucoup de gens aiment le mixte pour cette raison. C’est beaucoup plus complexe que de se dire que ça va plus vite ou plus lentement, la vitesse de jeu varie beaucoup. Y a un côté beaucoup plus cérébral et malin à avoir dans l’utilisation de l’espace.


(1) La phase finale des championnats américains avait lieu à San Diego (Californie) le weekend précédent la sélection pour l’équipe de France mixte.

(2) Gaël a rejoint les Mooncatchers une semaine avant la clôture des rosters, à la suite d’une décision tardive de la fédération canadienne interdisant la participation de joueurs extérieurs aux équipes canadiennes pour les championnats du monde des clubs. Il devait initialement jouer avec GOAT, équipe de Toronto avec laquelle il a finalement joué les championnats américains.

(3) Les années où les championnats canadiens ne sont pas qualificatifs pour des championnats internationaux de clubs, les meilleurs clubs canadiens (GOAT, Mephisto, Furious George,…) ne participent qu’aux championnats américains, pas aux championnats canadiens, et organisent même un tournoi de préparation pendant les championnats canadiens.

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