Covid interview numéro 7 : Sacha Sokolsky

Sacha Poitte-Sokolsky, Joueur professionnel AUDL au Canada À Montréal, la vague du Covid a quelque peu éparpillé celle des Français. Touché mais pas coulé, Sacha se livre sur sa longue traversée de la crise. Après le contre coup dû à l’arrêt des championnats et une escale salutaire en France auprès de tous ceux et tout ce qui lui avait manqué, il met de nouveau le cap sur l’ultimate avec optimisme et envie. (Entretien du 12 janvier)

Photo Guillaume Turcotte pour le Royal Montréal.


Quelle est la situation sanitaire au Québec ? Quelles sont les conditions par rapport à la France ?


Le premier confinement était moins restrictif qu’en France, pas d’interdictions plutôt des recommandations mais les gens se confinaient d’eux-mêmes et tout était fermé. Il y a eu un relâchement au printemps, et le frisbee a pu reprendre cet été. Pour la seconde vague, c’est beaucoup plus stricte, couvre-feu à 20 h et interdiction de se rassembler, même les sports individuels sont arrêtés. Donc on reste à la maison et on voit les amis sur Zoom, comme tout le monde.


Comment as-tu vécu le confinement ?


Plutôt mal au début, pas mal de remises en question. Ça fait dix ans que ma vie tourne essentiellement autour de l’ultimate, je suis venu là pour le frisbee et là j’ai plus ça… Est ce que ça vaut le coup de rester à Montréal alors que ma famille, que mes amis me manquent ? Heureusement ma copine est là ! On a pu faire des grandes et belles ballades en pleine nature dans le Nord. Mais finalement, c’est une période qui m’a servi, j’y vois beaucoup plus clair. Je me suis rendu compte notamment que j’étais complètement accroc au sport et à la compétition ! En ce moment, j’ai retrouvé de la motivation avec de nouveaux objectifs, que ce soit sportifs ou professionnels, et puis on en voit le bout, ça aide…


Quels ont été les moyens justement pour entretenir la motivation pendant et après les confinements ?


Personnellement, je me suis d’abord mis à fond dans le tennis. Je me suis acheté une raquette de ouf et à l’automne je tapais dans la balle pendant des heures. Je me trouvais des partenaires et on faisait des matchs…(toujours en polo RTC-Razmoket Tennis Club- forcément !) J’avais besoin de retrouver cet esprit de compétition. Maintenant, je me suis remis en tête les futurs rendez-vous d’ultimate et je profite de cette période pour peaufiner ma préparation afin d’être au top au moment voulu. Côté Royal, on a eu des séances en visio au début, mais quand tout le monde a compris que ça allait durer, ça s’est vite essoufflé. Ils prennent des nouvelles régulièrement et sont à l’écoute, mais étant eux aussi dans le flou, ils nous ont conseillé de prendre soin de nous et ont laissé chacun libre de gérer son temps. On a eu la chance quand même de faire une mini saison avec l’équipe « club » (non pro) de Montréal, les Blackbucks dans laquelle je me suis investi avec beaucoup de plaisir. Il y a pas mal de gars du Royal qui y jouent et quand on se retrouve à l’entrainement il y a une énorme intensité, c’est vraiment bon !


Quelle incidence le confinement a-t-il eu sur la vie économique d’un joueur pro ?


Professionnellement, du point de vue sportif on est plus défrayé que rémunéré. On arrive avec un visa nous permettant uniquement de travailler pour le Royal. Ensuite, ils nous mettent en relation avec des associations régionales pour développer l’ultimate au travers d’initiations ou de clinics, c’est le passage obligé pour les Français là-bas… J’en ai fait beaucoup et par ce biais j’ai rencontré UGM (Ultimate Grand Montréal). Je travaille maintenant avec eux comme chargé de développement, mais toujours dans le cadre de mon contrat au Royal. Au premier confinement, j’ai perdu ma job (sic), puis je l’ai récupérée à l’automne mais à mitemps seulement, tout ce qui était terrain a été annulé. J’étais coach aussi pour Spécifik Ultimate, mais c’est à l’arrêt pour le moment. J’ai donc plus de temps pour moi et ça me permet de travailler sur d’autres projets professionnels, avec les RFO par exemple pour qui je développe et anime des séances de prépa physiques.


Quelle incidence cette pause a-t-elle eu sur le groupe pro français ?


Au Québec actuellement, on n’est plus que trois, Steve Bonneau, Quentin Bonneau et moi. Les autres sont rentrés en France. Chacun pour des raisons différentes liées au Covid (fin de visas, arrêt des championnats, rapprochement familial…). Je sais que certains, comme Mathieu Bosser et Steve dont j’étais très proche arrêtent, mais les autres vont sûrement revenir. De toute façon, il n’y pas d’équipe Royal 2021, il faudra repasser par les sélections. Ils parlaient à un moment de faire une saison strictement canadienne, mais on y croit de moins en moins, on n’a pas trop d’infos de l’AUDL.


Comment vois-tu le futur sportif en France et au Canada ?


Va-t-il y avoir un monde d’après dans l’ultimate ? Le fait que l’indoor ait été complètement remplacé par des compétitions oudoor en France, je trouve ça très interessant : une des choses que j’ai retenue de mon expérience ici, c’est qu’en France on a la chance de pouvoir jouer dehors toute l’année. En janvier, tu t’équipes un peu et tu joues, tu n’es pas bloqué par des -30 C° ! Pour moi, l’indoor c’est bien pour tout ce qui est sport récréatif, loisir, débutant ou scolaire. Mais le côté compétitif, c’est dehors, sept contre sept sur un vrai terrain. Je comprends tout à fait qu’on puisse préférer jouer indoor, j’ai adoré aussi et je respecte ça. Mais si on veut que la France soit plus compétitive à l’échelle internationale, il faut vraiment valoriser l’apprentissage extérieur et surtout un championnat purement outdoor. Je sais que les clubs débutants n’ont pas forcément les effectifs ni les infrastructures pour, donc il faut passer par le gymnase. Mais ce doit être juste une porte d’entrée, si tu vises le haut niveau il faudra en sortir… Pour l’AUDL, on ne sait rien, c’est l’incertitude totale. Je pense qu’ il n’y aura pas de saison normale de toute façon car ça voudrait dire beaucoup de voyages aux États-Unis, ce qui parait difficile dans les prochains mois. La saison commençant en avril, je ne vois pas les choses évoluer aussi vite, même si on ne sait jamais… En règle générale, j’ai la sensation qu’ici le confinement a généré plus de respect. Une prise de conscience sur des valeurs plus humaines comme l’équité des genres par exemple que l’on retrouve dans le sport et surtout dans l’ultimate. Avec la volonté des gens de retrouver des activités post-confinements, je vois bien une grosse affluence dans notre discipline. L’ultimate va sortir gagnant par ses valeurs sportives, humaines et sociales.





Un pur produit de la mer

Mis dans le bain de l’ultimate sur l’île de Ré par les RFO (Ré Flying Oysters), Sacha parfait ensuite sa formation plus au nord sur la presqu’île Guérandaise chez les Tchac (Tchac côté d’l’eau, Pornichet). Embarqué permanent des équipes de France junior, mixte puis open, il traverse l’Atlantique en 2019 pour plonger dans l’AUDL en intégrant l’effectif professionnel du Royal de Montréal.


Sacha : « Ils sont très chaleureux, donc il y a eu une super intégration de la part des joueurs et du staff, même s’il a fallu faire ses preuves sur le terrain. C’est vrai aussi que les Français sur place et particulièrement Steve Bonneau, par son coaching mais aussi ses conseils en dehors du terrain, m’ont été d’une aide précieuse. »

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