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Pourquoi les U17 britanniques sont en recul ?

  • il y a 6 heures
  • 6 min de lecture

Lors de la création du Championnat d’Europe Junior en 2009 sous son format moderne et séparé des adultes, la Grande-Bretagne était la nation dominante en junior avec l’Allemagne :

  • 2009 : Open et Women en or

  • 2010 : Open argent, Women bronze

  • 2011 : Open argent, Women or

  • 2012 : Women argent

  • 2013 : Open or, Women bronze

  • 2014 : Open argent

  • 2015 : Open 3e/10, Women 5e/6


En 7 ans : 11 podiums, dont 4 titres. Au début de chaque tournoi, on observait ce qu’allaient faire les quatre « grosses » nations : l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la France et l’Italie.

Depuis 2017, le championnat d’Europe a changé de cycle pour passer sur un rythme biannuel. Depuis l’arrivée de ce nouveau rythme, la Grande-Bretagne n’a tout simplement plus réalisé aucun podium :

  • 2017 : Open 5e sur 8 et Women 7e sur 8

  • 2019 : Open 9e sur 11 et Women 7e sur 8

  • 2022 : Open 5e sur 8 et Women 5e sur 8

  • 2024 : Open 8e sur 8 et Women 7e sur 8


Et ce n’est pas le championnat 2026 qui va offrir une nouvelle médaille à la Grande-Bretagne, si l’on en croit les résultats déjà joués en Women (défaite 13-2 contre l’Italie) et en Open (défaite 13-3 contre la Belgique et victoire 6-4 contre l’Italie dans un match rendu chaotique par le vent, avec un point de 22 minutes 20 et une mi-temps à 85 minutes ne laissant qu’un seul point joué en seconde mi-temps).


Désormais, la Grande-Bretagne est faible, et parfois même, très faible. Et si la note en Esprit du Jeu reste très bonne (champions Esprit en Open en 2019, 2022 et 2024, et en Women en 2024), il faut pondérer cela par le fait qu’il est compliqué pour beaucoup d’adolescents de parler en anglais. Avec les Irlandais (non gaéliques), ils sont les seuls à parler et à apprendre le règlement dans la langue maternelle de la compétition, ce qui a un impact direct sur la note obtenue.

Les Anglais ne sont plus craints dans le jeu : ils sont devenus une équipe plaisante à affronter, contre qui l'on peut mettre son jeu en place face à un adversaire sympathique d'un niveau moyen.

Comment expliquer ce phénomène ?


En 2011 la Grande Bretagne remporte son dernier titre international U17 (c) Quentin Dupré la Tour
En 2011 la Grande Bretagne remporte son dernier titre international U17 (c) Quentin Dupré la Tour

La protection des mineurs


En 2016, le sport britannique est secoué par un scandale majeur suite à la prise de parole d’Andy Woodward : 148 clubs impliqués, 155 suspects et 429 victimes. Le plus grand scandale de pédophilie éclate en Grande-Bretagne. Un numéro d'urgence est mis en place par la NSPCC (National Society for the Prevention of Cruelty to Children) pour permettre de dénoncer ces abus : en moins d’un mois, plus de 1 700 appels sont enregistrés. Le pays est sous le choc.

Suite à ce tremblement de terre dans le sport britannique, des règles sont mises en place, officiellement et tacitement, au sein de nombreuses organisations (notamment en ultimate) pour interdire aux adultes ou encadrants de se retrouver seuls avec un mineur lors d’un déplacement. Certains clubs doivent alors systématiquement trouver deux accompagnateurs par véhicule transportant un joueur mineur sélectionné, si les parents ne peuvent pas faire le déplacement eux-mêmes. Le vivier du sport U18 (U17 pour l’ultimate) voit alors le nombre de jeunes se rendant aux sélections diminuer de façon proportionnelle à l'éloignement du lieu de rassemblement et au nombre de stages à effectuer.


Un modèle de financement agressif


La Grande-Bretagne ne brille plus dans les sports collectifs chez les jeunes car le modèle de financement du sport britannique privilégie de manière agressive les médailles olympiques individuelles, au détriment des infrastructures collectives de base et des sports d'équipe non olympiques. L’ultimate frisbee est donc touché par ces deux aspects.

Une obsession pour la « culture de la médaille » (No Compromise) :

L'agence gouvernementale UK Sport distribue les fonds publics et les revenus de la Loterie Nationale (qui servent traditionnellement à financer le sport britannique) selon une politique stricte appelée « No Compromise ».

  • Le ciblage des disciplines : L'argent est massivement injecté dans les sports individuels à haut rendement de médailles (cyclisme sur piste, aviron, voile, athlétisme).

  • Le coût des sports collectifs : Financer une équipe de 12 à 20 joueurs (plus le staff) pour espérer décrocher une seule médaille est jugé inefficace d'un point de vue statistique. Les fédérations de sports collectifs (comme le basketball ou le handball) subissent des coupes budgétaires chroniques, forçant parfois l'annulation pure et simple de la participation des sélections jeunes aux championnats européens par manque de ressources.


Le déclin du sport à l'école publique


Un journaliste britannique du Daily Telegraph, Tim Wigmore, a tenté d’expliquer la crise du sport britannique en chiffres en 2025 :

  • Baisse de 12 % du volume d'éducation physique depuis 2012 ;

  • Disparition progressive de la pratique sportive au lycée (Sixth Form) ;

  • Pratique physique globale en baisse chez la « génération Covid » ;

  • Annulation de rencontres sportives due au manque de minibus ;

  • 30 % des enfants de 11 ans ne savent pas nager 25 mètres sans aide ;

  • Écart important entre les sexes.


Selon lui, le système scolaire britannique ne remplit plus son rôle de vivier pour les sports d'équipe de masse. Pire encore, il devient un facteur d’inégalités sociales supplémentaires : alors que le volume d'éducation physique et sportive (EPS) dans les écoles publiques a chuté de plus de 12 % depuis 2012, on observe en dehors de l’école une crise du bénévolat en Grande-Bretagne. À l'inverse, les infrastructures de qualité pour les sports collectifs (terrains, gymnases, entraîneurs diplômés) se concentrent dans les écoles privées (Independent Schools), dont les élèves sont également ceux qui peuvent s’offrir des cours de sport payants nécessitant moins d'encadrement bénévole. Le vivier pour les sports collectifs s’affaiblit donc, avec moins de joueurs disponibles et en moins bonne condition physique.


La stratégie de la DTN britannique


Ceux qui observent les équipes de France junior ont pu constater une constante : former un groupe en équilibrant les années de naissance pour ne pas renouveler tout l’effectif d’un coup, afin que les entrants d’aujourd’hui soient les cadres de demain. Dans les équipes jeunes britanniques, il semblerait que la sélection U17 serve de simple réservoir pour les U20, sans stratégie propre de rotation à court terme.

Par exemple, de l'équipe U17 féminine de 2024, il ne reste plus que 4 joueuses (Amelie Line, Keira Wardle, Beatrice Prendergast et Menna Cooper) dans l’équipe deux ans plus tard. Chez les garçons, il n’en reste plus aucun. Difficile de performer dans ces conditions, même avec des joueurs de qualité qui manquent alors d'expérience internationale individuelle et de vécu collectif.


Pourtant, si l'on regarde la matière première, le travail semble fait, mais ne paie que plus tard. Les U20 britanniques au mondial cette année ont ainsi bénéficié de 20 joueurs et joueuses qui avaient participé à l’Euro U17 2024. Ils ont servi d’encadrement pour les équipes Open et Women au mondial U20 et auront tous l’âge d'être présents à l’Euro U20 :

  • U20 Women (9 joueuses) : Amelia Goodfellow, Suzy Fergusson, Felicity Cale, Zoe Taylor, Isabelle Wirszyla, Hanna Hudson, Jess Upchurch, Emily Bewsher et Tabitha Adams.

  • U20 Open (11 joueurs) : Charlie Pick, Aidan Hughes, Rowan Tigg, Andrew Bain, Uras Yilmaz, Tom Walkington, Miran Yilmaz, Robin Siddans, Finn Mulcahy, Tobby Look et Wil Upston.

Si l'on analyse l’évolution de ces deux équipes, on constate une progression sur le plan international : les féminines passent lors de ce mondial devant deux nations européennes qui les devançaient en U17 : l’Allemagne (avec 9 de ses 18 joueuses en commun) et la Suède (avec 10 de ses 19 joueuses en commun).

Pour les garçons, le constat est similaire face à la Suède, vice-championne d’Europe U17 en 2024, que la Grande-Bretagne domine au mondial U20 alors que les Suédois comptent 9 joueurs sur 18 en commun.


On peut donc légitimement attendre une progression pour l’Euro U20 2027, mais surtout constater une chose : les joueurs britanniques arrivent trop tard en équipe nationale pour y performer dès la catégorie U17, et l’équipe nationale y est désormais une nation moyenne, totalement déclassée. Plusieurs joueurs U17 médaillés en Open de 2009 à 2013 ont alimenté Clapham et ont été sacrés champions du monde Master Open cet été. L’absence de performance des nouvelles générations soulève une question : n’arrivant plus à former des jeunes de haut niveau dès le plus jeune âge, l’ultimate britannique arrivera-t-il à maintenir son rang à l’avenir ?


 
 
 
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